Oracle remporte aujourd’hui Sun, face à IBMLundi 20 Avril 2009
Les entreprises capables de mettre sur la table plus de 7 milliards de dollars pour acquérir des parts de marché dans le domaine du logiciel ne sont pas très nombreuses. Sun était en vente depuis plusieurs mois, cela n’était un mystère pour aucun analyste du marché. IBM était intéressé, mais c’est finalement Oracle qui a annoncé aujourd’hui avoir remporté la mise. Oracle met 5,6 milliards de dollars dans cette acquisition nette de Sun (actifs - dettes) et espère rentabiliser son investissement en trois ans environ. Oracle annonce en effet anticiper un gain de résultat opérationnel de 1,5 milliard de dollars dès la première année, et de 2 milliards l’année suivante.
Oracle complète par cette acquisition tout d’abord son portefeuille de bases de données, dont MySQL, principale base de données en open source est détenue par Sun. Mais cette acquisition est surtout le retour de l’intégration matériel-logiciel. Cette intégration était la règle chez IBM, Digital, Bull... dans les années 60-70. Elle avait été remplacée par des métiers séparés lors de la naissance des grands éditeurs dont Oracle. Même si Oracle avait fait une incursion dans le domaine des Network Computers au début des années 90 - c’est de l’histoire ancienne - , l’entreprise de Larry Ellison restait un éditeur. Du côté de IBM, c’est même à une forme de rejet que l’on assiste depuis ces dernières années, les entités services et logiciels refusant parfois d’admettre que leur entreprise avait été et est encore un des principaux constructeurs de machines. Cette intégration touche également le logiciel d’infrastructure puisque Oracle détiendra avec cette opération le système d’exploitation Solaris, ainsi que presque anecdotiquement, la suite bureautique Star Office. Du côté de Sun, on aurait semble-t-il préféré un rachat par IBM. Mais le premier round de négociation a été rompu par Sun, qui pensait faire revenir facilement IBM à la table des discussions. Ce ne fut pas le cas et Sun n’a donc pas gagné son coup de bluff. Plutôt que de tout perdre, Sun a donc dit oui à Oracle pour une offre finalement très proche de celle proposée par IBM. La position de Oracle est maintenant plus qu’intéressante et assez inédite dans le domaine informatique. Oracle sera après la validation de cette acquisition, constructeur de serveurs, éditeur de système d’exploitation, de bases de données, de logiciels applicatifs d’entreprise, de logiciels bureautiques et de composants open source... une offre complète à laquelle il ne manquerait plus que les PC, ou les netbooks (rien ne semble exclu d’ailleurs sur ce point). Le rêve de son fondateur de s’affranchir totalement de Microsoft est en passe d’être gagné. Le grand perdant de cette nouvelle photographie du marché pourrait être HP, qui perdra une partie des revenus de son partenariat avec Oracle, et semble toujours aussi en difficulté pour compléter intelligemment son portefeuille logiciel. Du côté de l’open source, on reste vigilant face à l’attitude prochaine d’Oracle qui devient propriétaire de Java, de Solaris, de MySQL... Pas de procès d’intention, mais quelques craintes. Quant à la réussite de l’opération d’intégration, elle repose maintenant sur les équipes Oracle qui devront convaincre les développeurs et ingénieurs de Sun que l’herbe est au moins aussi verte à Redwood Shores qu’à Santa Clara. par Philippe Nieuwbourg
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